24 mars 2026
Pour la Dre Oanh, Directrice exécutive du Centre for Supporting Community Development Initiative (SCDI) au Vietnam, la réponse de santé publique aux maladies infectieuses est profondément personnelle — et profondément urgente.
Il y a vingt‑cinq ans, elle a été témoin des heures les plus sombres de l’épidémie de VIH au Vietnam, à une époque où aucun traitement n’existait et où les personnes mouraient dans la douleur, la stigmatisation et l’isolement. « Nous nous sentions impuissants en tant que médecins », se souvient‑elle. « Nous ne pouvions qu’observer nos patients mourir. »
Aujourd’hui, grâce à la collaboration internationale et à l’accès à des médicaments génériques abordables et de qualité, rendus possibles par les efforts de licences volontaires, le VIH n’est plus une condamnation à mort au Vietnam. Il en va de même pour l’hépatite C, autrefois caractérisée par des traitements inefficaces et inabordables, qui a été transformée par l’accès à des antiviraux à action directe hautement efficaces, abordables et de qualité certifiée.
Mais la tuberculose (TB) raconte une autre histoire. « Le Vietnam reste l’un des pays ayant la charge de TB la plus élevée, y compris la TB résistante aux médicaments », explique la Dre Oanh. Selon l’Organisation mondiale de la Santé, le Vietnam demeure parmi les pays à forte charge de tuberculose dans le monde [1], malgré des progrès significatifs ces dernières années. Si le traitement de première intention est désormais couvert par l’assurance maladie nationale, les schémas thérapeutiques restent longs et difficiles pour de nombreux patients — et le traitement de la TB résistante est encore plus complexe.
Les obstacles vont bien au‑delà des médicaments. Le diagnostic de la TB reste coûteux, lent et difficile d’accès pour de nombreuses communautés. Les outils de diagnostic avancés comme GeneXpert sont encore largement financés par des bailleurs internationaux. « Sans le Fonds mondial, beaucoup de personnes ne seraient tout simplement pas testées », prévient‑elle. « Si ce soutien diminue, l’accès chutera de manière dramatique. »
Pour les communautés servies par le SCDI — personnes vivant avec le VIH, usagers de drogues, travailleuses et travailleurs du sexe et autres populations marginalisées — ces lacunes sont potentiellement mortelles. Elles comprennent des obstacles au diagnostic rapide, à un traitement abordable et à des soins centrés sur les patients. Avec la baisse des financements internationaux, la Dre Oanh voit plus qu’une simple perte financière : elle observe l’érosion de la confiance, la disparition des voix communautaires et l’émergence d’une peur de s’exprimer lorsque les traitements échouent ou que les effets secondaires deviennent insupportables. « Les gens ont désormais peur même de se plaindre », dit‑elle. « Si un comprimé provoque des effets indésirables, ils l’acceptent simplement. Il n’y a plus de mobilisation, plus de plaidoyer, plus de retour d’information. La communauté devient silencieuse. »
Son message à l’occasion de la Journée mondiale de la tuberculose 2026 est clair : les progrès ne sont jamais garantis — et ils peuvent être inversés. Alors que la communauté internationale marque la Journée mondiale de la TB et renouvelle son engagement à mettre fin à cette maladie, son appel rappelle que des investissements et une collaboration soutenus restent indispensables.
« Nous avons accompli des progrès extraordinaires contre le VIH parce que les gouvernements, les bailleurs, les scientifiques, la société civile et les communautés ont travaillé ensemble », souligne‑t‑elle. « Si nous arrêtons maintenant, nous risquons de revenir aux jours sombres. » La Dre Oanh estime que le même niveau de collaboration est aujourd’hui urgent pour la TB — afin de raccourcir les traitements, réduire les effets secondaires, améliorer les diagnostics, et surtout garantir un accès abordable pour toutes et tous. « Les personnes doivent être en bonne santé physique avant de pouvoir rêver, travailler ou vivre dignement », dit‑elle. « C’est pourquoi l’accès aux médicaments et aux diagnostics essentiels n’est pas un luxe. C’est le fondement de tout. »
Au Medicines Patent Pool, nous travaillons avec les gouvernements, les chercheurs, l’industrie et les communautés pour accélérer l’accès à des innovations abordables contre la TB — car personne ne devrait être laissé de côté dans notre réponse mondiale à cette maladie évitable et curable.
[1] https://cdn.who.int/media/docs/default-source/wpro—documents/countries/viet-nam/careers/2025/vn013_call-for-expression-of-interest-and-proposal_local-tb-stcs_nsp.pdf?sfvrsn=4246894f_1
Département communication, presse et médias
Le Medicines Patent Pool (MPP) est une organisation de santé publique soutenue par les Nations Unies qui œuvre à accroître l’accès à des médicaments innovants et à d’autres technologies de santé, et à en faciliter le développement, pour les pays à revenu faible et intermédiaire. Grâce à son modèle économique innovant, le MPP collabore avec la société civile, les gouvernements, les organisations internationales, l’industrie, les groupes de patients et d’autres parties prenantes afin de prioriser et d’octroyer des licences pour les produits de santé nécessaires, et de mettre en commun la propriété intellectuelle afin d’encourager la fabrication de médicaments génériques et le développement de nouvelles formulations.
À ce jour, le MPP a signé des accords avec 22 détenteurs de brevets couvrant 13 antirétroviraux contre le VIH, une plateforme technologique liée au VIH, trois antiviraux à action directe contre l’hépatite C, un traitement contre la tuberculose, un traitement contre le cancer, quatre technologies à action prolongée, un médicament contre l’hémorragie du post-partum, trois traitements antiviraux oraux contre la COVID-19 et 16 technologies liées à la COVID-19.
Le MPP a été fondé par Unitaid, qui demeure son principal bailleur de fonds. Les activités du MPP visant à améliorer l’accès aux médicaments essentiels sont également financées par l’Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC), le gouvernement du Canada et Coefficient Giving. Les activités du MPP en matière de transfert de technologie sont menées avec le soutien financier du gouvernement japonais, du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, de l’Agence allemande de coopération internationale, du gouvernement de la Flandre et de la SDC.