4 février 2026
Lorsque Gertrude Nakigudde a été diagnostiquée d’un cancer du sein il y a 24 ans, l’accès aux soins oncologiques en Ouganda était extrêmement limité. « À l’époque, tout était à la charge des patients », se souvient-elle. « Rien n’était gratuit, et le centre de traitement n’était qu’un simple service au sein de l’un des hôpitaux nationaux. »
Gertrude Nakigudde, directrice générale de l’Uganda Women’s Cancer Support Organisation (UWOCASO) et membre du Community Advisory Panel (CAP) du MPP
La survie de Gertrude, malgré ces conditions difficiles, a façonné non seulement sa vie, mais aussi sa raison d’être. Aujourd’hui, elle est une fière survivante du cancer du sein depuis 24 ans et présidente de l’Uganda Women’s Cancer Support Organization (UWOCASO) — un réseau de plus de 200 femmes ayant vécu le cancer et qui œuvrent désormais pour soutenir d’autres patientes.
« À partir de ma propre expérience, je suis devenue militante », explique Gertrude. « Je me plaignais constamment de ce qui manquait. J’ai mobilisé d’autres survivantes et, ensemble, nous avons formé un groupe. Nous avons compris que nos voix étaient plus fortes lorsqu’elles s’unissaient — pour revendiquer les services dont les patients ont besoin pour accéder aux soins dans notre pays. »
En Ouganda, comme dans de nombreux pays africains, la majorité des patients vivent loin des centres urbains où les traitements contre le cancer sont disponibles. « La plupart des pays disposent d’un seul centre national de lutte contre le cancer, généralement situé dans la capitale », explique Gertrude. « En Ouganda, il s’agit de l’Uganda Cancer Institute, à Kampala. Mais la plupart des patients vivent à 100 ou 200 kilomètres de là. »
Pour ces patients, obtenir un diagnostic ou commencer un traitement implique souvent de longs déplacements, des coûts élevés de transport et d’hébergement, ainsi que la stigmatisation et d’autres barrières sociales. « De nombreuses femmes retardent leur prise en charge parce qu’elles doivent choisir entre nourrir leurs enfants et se rendre à Kampala pour se soigner », explique Gertrude. « Lorsqu’elles arrivent enfin, la maladie est souvent à un stade avancé. »
Cette inégalité est au cœur de la mission de son organisation : rapprocher les services de lutte contre le cancer des communautés et plaider en faveur d’un diagnostic précoce, d’un traitement rapide et d’un accompagnement après la maladie.
Gertrude est convaincue que des initiatives comme celles menées par le Medicines Patent Pool (MPP) et la Coalition ATOM (Access to Oncology Medicines) dirigée par l’UICC peuvent réellement faire la différence.
« De nouveaux médicaments contre le cancer sont développés en permanence », explique-t-elle. « Mais ils sont très coûteux, et nos pays n’ont pas les budgets nécessaires pour les acheter. Je suis heureuse que le MPP travaille, à travers des partenariats innovants, à rendre ces traitements vitaux accessibles aux populations des pays à revenu faible et intermédiaire. »
Elle souligne également le rôle essentiel des défenseurs des droits des patients et de la société civile pour donner un sens concret à ces innovations : « C’est notre rôle de sensibiliser à la disponibilité de nouveaux médicaments, d’engager les gouvernements à adopter ces technologies et de veiller à ce que, lorsque les patients se présentent pour se faire soigner, une solution leur soit proposée. »
« Quel que soit l’endroit où vous vivez, vous devriez bénéficier des mêmes services et traitements contre le cancer, ceux qui sauvent des vies », affirme-t-elle avec conviction. « Nous avons survécu pour être la voix des autres, et nous continuerons à élever cette voix jusqu’à ce que chaque patient, partout dans le monde, puisse accéder aux soins dont il a besoin. »
En tant que membre du Community Advisory Panel (CAP) du MPP, Gertrude apporte son expérience de terrain et son regard de survivante aux discussions mondiales sur l’accès aux médicaments.
« Avant de rejoindre le CAP, je ne savais pas qu’il existait une organisation qui négociait des licences pour rendre les nouveaux médicaments contre le cancer abordables », reconnaît-elle. « Aujourd’hui, je peux partager ces connaissances avec ma communauté et les décideurs politiques. Je vois une lueur d’espoir : un jour, les patients en Afrique pourront accéder aux mêmes médicaments vitaux que ceux qui sauvent des vies dans les pays à revenu élevé. »
Le Medicines Patent Pool, à travers des partenariats tels que la Coalition ATOM, œuvre à améliorer l’accès aux médicaments essentiels contre le cancer dans les pays à revenu faible et intermédiaire, en négociant des licences volontaires, en soutenant le transfert de technologies et en favorisant la collaboration entre gouvernements, industrie et société civile.
Département communication, presse et médias
Le Medicines Patent Pool (MPP) est une organisation de santé publique soutenue par les Nations Unies, dont la mission est d’améliorer l’accès à des médicaments essentiels dans les pays à revenu faible et intermédiaire, et de faciliter la mise au point de tels médicaments. Au travers de son modèle économique innovant, le MPP collabore avec la société civile, les gouvernements, des organisations internationales, l’industrie, des groupes de patients et d’autres acteurs afin d’établir des priorités, de délivrer des licences sur les médicaments indispensables et de centraliser les actifs de propriété intellectuelle pour faciliter la fabrication de médicaments génériques et l’élaboration de nouvelles formulations.
À ce jour, le MPP a signé des accords avec 22 titulaires de brevets pour 13 antirétroviraux contre le VIH, une plateforme technologique sur le VIH, trois antiviraux à action directe contre l’hépatite C, un traitement contre la tuberculose, un traitement contre le cancer, quatre technologies à action prolongée, un traitement de l’hémorragie du post-partum, trois traitements antiviraux oraux contre la COVID-19 et 16 technologies liées à la COVID-19.
MPP a été fondé par Unitaid, qui continue d’être le principal bailleur de fonds de MPP. Le travail de MPP sur l’accès aux médicaments essentiels est également financé par l’Agence suisse pour le développement et la coopération (SDC), le gouvernement du Canada, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) et le gouvernement de la Flandre. Les activités de MPP dans le cadre de la COVID-19 sont entreprises avec le soutien financier du gouvernement japonais, du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, de l’Agence allemande de coopération internationale et de la SDC.