Huit milliards de raisons d’agir maintenant

À l’occasion de la Journée mondiale de l’obésité, la communauté internationale est appelée à faire face à l’un des défis de santé publique les plus complexes et à la croissance la plus rapide de notre époque. L’obésité n’est plus une condition limitée aux pays à revenu élevé. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent aujourd’hui avec l’obésité, avec une prévalence en hausse dans presque tous les pays et dans toutes les tranches d’âge. En 2022 seulement, une personne sur huit dans le monde était concernée, tandis que les taux chez les enfants et les adolescents ont été multipliés par quatre depuis 1990.

Le fardeau se concentre de plus en plus dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI). La World Obesity Federation estime que le plus grand nombre de personnes vivant avec l’obésité se trouve désormais dans ces pays, où la prévalence devrait plus que doubler par rapport à 2010, et même tripler dans les pays à faible revenu d’ici 2030. Parallèlement, les pays les moins préparés à répondre à l’obésité, en termes de préparation des systèmes de santé et d’action politique, sont précisément les pays à revenu faible et intermédiaire inférieur.

L’obésité est également un moteur majeur des maladies non transmissibles. L’OMS estime que des millions de décès prématurés chaque année sont attribuables à un indice de masse corporelle élevé, via des pathologies telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires et certains cancers, exerçant une pression durable sur des systèmes de santé déjà confrontés à de multiples priorités concurrentes.

Francois Venter, a clinician‑scientist based in South Africa

Pour le professeur François Venter, clinicien-chercheur basé en Afrique du Sud, ces tendances sont à la fois alarmantes et familières. « Ce que l’on observe dans les pays à revenu faible et intermédiaire, c’est une hausse de l’obésité, et la rapidité avec laquelle elle progresse, en parallèle avec l’augmentation du diabète et de l’hypertension. »

Le schéma, note-t-il, rappelle les crises sanitaires mondiales précédentes. « Cela ressemble tellement au VIH : une vague soudaine de maladies, mais sans véritable plan en place. »

Comme le souligne la campagne « 8 Billion Reasons to Act on Obesity » de la Journée mondiale de l’obésité, inverser ces tendances exigera plus qu’une simple sensibilisation. Cela nécessitera une action systémique — incluant la prévention, la prise en charge et un accès équitable à des traitements efficaces — en particulier dans les pays qui supportent aujourd’hui le fardeau le plus lourd et à la croissance la plus rapide.

Une épidémie en expansion rapide, et complexe

Dans les PRFI, l’obésité progresse parallèlement à un ensemble de maladies non transmissibles, notamment le diabète, l’hypertension, les maladies cardiovasculaires, les maladies rénales et les maladies hépatiques. Contrairement aux maladies infectieuses, toutefois, l’obésité n’a pas une cause unique ni une intervention simple.

Comme le dit le professeur Venter : « Le VIH est simplement un virus, on comprend clairement le cycle de transmission. Le contexte dans lequel l’obésité se développe est bien plus complexe. » Elle est façonnée par les systèmes alimentaires, l’urbanisation, la pauvreté, les normes sociales et l’environnement bâti, des facteurs qui interagissent de manière complexe et encore imparfaitement comprise.

Pourtant, la complexité ne peut justifier l’inaction. L’obésité modifie déjà les profils de morbidité dans les PRFI, exerçant une pression durable sur des systèmes de santé conçus pour les soins aigus plutôt que pour la gestion des maladies chroniques.

« Cela se produit maintenant, et c’est assez urgent. Et les conséquences vont marquer nos sociétés pendant longtemps. »

Aller au-delà du mythe de la volonté

L’un des obstacles les plus persistants à une prise en charge efficace de l’obésité est la stigmatisation, en particulier l’idée selon laquelle l’obésité refléterait un manque de discipline ou de responsabilité personnelle.

Pour le professeur Venter, cette vision est non seulement erronée, mais aussi nocive.

« Le problème de l’obésité, c’est la façon dont elle a été présentée pendant si longtemps, comme un échec de la volonté. »

Des décennies d’expérience ont montré que le changement de mode de vie seul ne fonctionne durablement que pour une petite minorité de personnes. Pourtant, ces récits dominent le débat public, tandis que la majorité des personnes vivant avec l’obésité restent peu entendues.

En pratique clinique, le professeur Venter voit des patients ayant essayé à maintes reprises régimes, programmes d’exercice et modifications comportementales sans succès durable. Le problème, soutient-il, n’est pas seulement l’effort, mais l’environnement.

Le système alimentaire moderne, en particulier dans les PRFI, fait de la prise de poids l’issue par défaut. Les aliments ultra-transformés sont bon marché, accessibles et rassasiants, tandis que les options saines sont souvent coûteuses ou indisponibles, en milieu urbain comme rural.

Reconnaître l’obésité comme une maladie chronique, plutôt qu’un échec personnel, change fondamentalement la manière de l’aborder et le type de soutien nécessaire.

Pourquoi les médicaments comptent dans le traitement de l’obésité

Une fois l’obésité comprise comme une maladie chronique, les limites des approches fondées uniquement sur le mode de vie deviennent évidentes. Pour de nombreuses personnes présentant une obésité établie, un soutien supplémentaire est essentiel.

« Ce que cela me dit, en tant que professionnel de santé, c’est : vous avez besoin d’aide. »

Cette aide, selon le professeur Venter, existe désormais sous la forme de médicaments efficaces, notamment les thérapies basées sur les agonistes du GLP-1. Bien que l’idée d’utiliser des médicaments pour traiter l’obésité reste inconfortable pour certains, les données scientifiques et l’expérience clinique soutiennent de plus en plus leur rôle. « Pour la première fois, cette aide prend la forme de médicaments. Et cela met tout le monde mal à l’aise. »

La perspective du professeur Venter est éclairée non seulement par sa pratique clinique, mais aussi par son rôle de membre du groupe d’élaboration des lignes directrices de l’OMS sur l’utilisation des thérapies à base de GLP-1 pour le traitement de l’obésité chez l’adulte.

Il est essentiel de souligner que ces médicaments sont plus efficaces lorsqu’ils s’inscrivent dans une prise en charge globale. Les interventions sur le mode de vie restent importantes, mais les traitements médicamenteux peuvent rendre ces efforts durables. Selon son expérience, les médicaments utilisés seuls peuvent entraîner une perte de poids modeste, mais les résultats sont nettement plus significatifs et durables lorsqu’ils sont associés à un accompagnement structuré en matière d’alimentation et d’activité physique. Cette perspective est également façonnée par une vaste expérience d’essais cliniques sur le VIH en Afrique du Sud, notamment des études majeures ayant documenté la prise de poids et les complications métaboliques associées aux thérapies antirétrovirales modernes, ainsi que par sa contribution à des recherches évaluées par les pairs examinant le rôle potentiel des thérapies à base de GLP-1 chez les personnes vivant avec le VIH.

Pourquoi les médicaments contre l’obésité restent hors de portée dans les PRFI

Malgré des besoins croissants, les médicaments contre l’obésité restent largement inaccessibles dans les PRFI. Le professeur Venter identifie deux obstacles étroitement liés : l’accessibilité financière limitée des traitements et la nécessité de renforcer les systèmes de prestation des soins pour soutenir une prise en charge à long terme. En conséquence, les thérapies efficaces à base de GLP-1 demeurent hors de portée pour la plupart des personnes qui pourraient en bénéficier, en particulier dans les systèmes publics. Comme il le prévient : « Si l’on ne commence pas à s’attaquer à l’accès à des médicaments abordables, nous ne maîtriserons pas l’épidémie. »

C’est ici que des organisations comme le Medicines Patent Pool jouent un rôle essentiel, en s’attaquant aux barrières liées à la propriété intellectuelle et en favorisant la concurrence afin de faire baisser les prix à des niveaux compatibles avec un usage de santé publique.

Milieu rural, milieu urbain et environnement alimentaire

L’obésité est souvent associée à l’urbanisation, mais le professeur Venter souligne qu’en Afrique du Sud et dans de nombreux PRFI, les taux augmentent également rapidement en milieu rural. Le facteur déterminant n’est pas la géographie, mais l’accès à l’alimentation. Dans de nombreuses communautés rurales, les produits frais sont rares ou coûteux, tandis que les aliments ultra-transformés sont bon marché et facilement disponibles.

Rapport coût-efficacité et nécessité d’une planification précoce

D’un point de vue économique, le professeur Venter est convaincu que les médicaments contre l’obésité deviendront rentables, notamment à mesure que les prix baisseront. L’erreur, selon lui, serait d’attendre. « Nous ne devrions pas attendre. Nous devrions dès maintenant réfléchir à ce que doit contenir un paquet minimal de soins. »

Pourquoi les licences volontaires comptent

Interrogé sur les stratégies d’accès, le professeur Venter souligne l’importance des licences volontaires dans le cadre d’une approche coordonnée. « Nous avons vu cela avec les antirétroviraux. L’effet d’entraînement a été énorme. »

Sans mécanismes orientés vers la santé publique, les baisses de prix risquent d’être marginales, laissant les médicaments inaccessibles à ceux qui en ont le plus besoin.

Le coût de l’inaction

Si la question de l’accès n’est pas résolue, le résultat est prévisible : les médicaments contre l’obésité existeront, mais seulement pour une minorité aisée. « Sinon, cela ne sera accessible qu’aux riches. »

Message pour la Journée mondiale de l’obésité : agir maintenant pour changer la trajectoire

À l’occasion de la Journée mondiale de l’obésité, le message du professeur Venter rejoint l’appel à une action systémique. Les systèmes alimentaires doivent évoluer. Les environnements bâtis doivent favoriser l’activité physique. La prévention doit commencer tôt. Mais pour les personnes vivant déjà avec l’obésité, les médicaments ne sont pas facultatifs. « Les personnes présentant une obésité établie ne pourront pas y parvenir seules. »

La Journée mondiale de l’obésité nous rappelle que l’obésité n’est ni un problème marginal ni une menace future. Elle transforme déjà la santé mondiale, en particulier dans les pays à revenu faible et intermédiaire.

Huit milliards de raisons d’agir existent. Le défi consiste désormais à faire en sorte que l’action soit rapide, coordonnée et équitable, afin que les bénéfices des progrès scientifiques ne soient pas limités par la géographie ou le revenu.