« Les progrès vers l’objectif mondial d’éliminer l’hépatite virale en tant que menace pour la santé publique d’ici 2030 ne sont pas sur la bonne voie. »

C’est le premier constat majeur du Rapport mondial sur l’hépatite 2026 de l’OMS : un message simple, sans détour et, s’il faut le dire, presque en deçà de la réalité. Publié à l’occasion du Sommet mondial sur l’hépatite qui s’est tenu en avril dernier, ce rapport rassemble les données les plus récentes – et celles-ci sont loin d’être encourageantes.

Une mortalité liée à l’hépatite B en hausse

Certes, certains pays montrent qu’un engagement fort peut produire de réels résultats. Mais à l’échelle mondiale, le constat est celui d’un échec collectif. L’exemple le plus frappant est sans doute l’évolution de la mortalité annuelle liée à l’hépatite B : en 2016, les 194 États membres de l’OMS s’étaient engagés à la réduire de 65 % d’ici 2030. Pourtant, depuis cette date, elle n’a cessé d’augmenter. Au lieu de diminuer, elle a progressé de 17 %.

Comment expliquer que nous allions dans la mauvaise direction ?

La réponse la plus simple est la suivante : moins d’un quart des 300 millions de personnes vivant avec une hépatite B ont été diagnostiquées. Et parmi celles qui le sont, moins d’un quart reçoivent le traitement quotidien qui pourrait leur sauver la vie. Pourtant, ce n’est pas une question de coût : un test de dépistage de l’hépatite B coûte moins de 1 dollar américain et un traitement annuel moins de 30 dollars américains.

La disponibilité et le coût ne sont pas le problème

En réalité, la disponibilité et l’accessibilité financière des interventions de prévention, de dépistage et de traitement contre les hépatites virales ne constituent pas le principal obstacle, notamment grâce aux licences que le Medicines Patent Pool (MPP) a obtenues auprès de l’industrie pharmaceutique.

D’un point de vue scientifique, nous disposons des moyens nécessaires pour éviter la grande majorité des 1,3 million de décès qui surviennent chaque année. Pourtant, nous ne les utilisons pas.

C’est comme si nous étions sur un quai à regarder une personne se noyer. Nous tenons une bouée de sauvetage entre les mains, mais nous refusons de la lancer. Nous restons là, à observer. Peut-être ne comprenons-nous pas ce qui se passe. Peut-être cela nous est-il égal. Peut-être ne faisons-nous tout simplement pas l’effort nécessaire. Quelle qu’en soit la raison, cette situation est tout simplement inacceptable.

Nous savons nous mobiliser lorsque nous le décidons

Il existe toujours des « raisons » pour justifier l’inaction : manque de financements, systèmes de santé fragilisés, demande trop dispersée, absence de priorité politique ou encore complexité de la mise en œuvre.

Pourtant, ces obstacles apparemment insurmontables disparaissent dès lors que nous décidons d’agir. Nous savons nous mobiliser lorsque nous le voulons. L’épidémie d’Ebola en est un exemple récent.

En définitive, tout se résume à une question de volonté politique.

Ce constat est particulièrement pertinent ce mois-ci, alors que des experts, des défenseurs de la cause, des décideurs politiques et des personnes concernées par les hépatites se réunissent à la Conférence de l’IAS au Brésil afin d’identifier les moyens d’accélérer les progrès. Si nos responsables politiques manquent de cette volonté, c’est à nous de la susciter.

Le plaidoyer est essentiel pour remettre l’élimination des hépatites virales sur la bonne voie

C’est pourquoi le plaidoyer est si important. C’est le seul moyen de remettre l’objectif mondial d’élimination des hépatites virales sur les rails.

Et même s’il n’est pas possible de retrouver immédiatement la trajectoire prévue, nous devons au minimum nous engager à empêcher que la situation ne se dégrade davantage et à inverser cette hausse des décès évitables.

Alors, pouvons-nous enfin lancer cette bouée de sauvetage ?