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Tuberculose : en faisons-nous assez pour les patients ? Le temps est venu de proposer de meilleurs traitements

Par Mel Spigelman, président et directeur de TB Alliance – Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, 24 mars 2018.

 

Phumeza Tisile, jeune Sud-africaine, fait partie des trop rares personnes qui ont pu guérir complètement de la tuberculose ultrarésistante (TB-UR), une forme de tuberculose qui résiste à au moins quatre médicaments antituberculeux courants. Son parcours jusqu’à la guérison a été long et difficile. Cette étudiante de l’Université du Cap a subi trois ans et demi de traitement, reçu des centaines d’injections douloureuses et avalé environ 30 000 comprimés. Elle a par ailleurs perdu l’audition à cause d’un médicament encore couramment utilisé pour traiter la tuberculose pharmacorésistante.

Pourtant, le cas de Phumeza est un exemple de victoire sur la tuberculose. En effet, la TB-UR tue environ deux tiers des malades diagnostiqués. Aucun traitement approuvé n’est vraiment efficace et sûr. Par conséquent, les prestataires de soins sont contraints d’utiliser un arsenal d’antibiotiques souvent peu efficaces et très toxiques, qui peuvent faire des ravages sur l’organisme s’ils sont utilisés pendant toute la durée nécessaire au traitement.

La tuberculose pharmacorésistante gagne du terrain. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), en 2016, 600 000 nouveaux cas de tuberculose résistante à la rifampicine (médicament de première intention le plus efficace) ont été recensés, parmi lesquels 490 000 cas de tuberculose multirésistante.

Le manque de nouveaux traitements contre la tuberculose pharmacorésistante et la tuberculose pharmacosensible freine la progression vers l’objectif international d’éradication de la pandémie d’ici 2030. À l’exception de deux nouveaux médicaments arrivés récemment sur le marché (la bédaquiline et le délamanid), la plupart des traitements antituberculeux existants sont trop vieux, et trop souvent inefficaces et toxiques.

En ce qui concerne les médicaments antituberculeux pédiatriques, l’offre était, il y a peu, encore moins étoffée. Les enfants atteints de tuberculose sont souvent soignés avec des médicaments pour adultes. Ces comprimés sont gros, ont mauvais goût et ne sont pas correctement dosés. Les parents et les soignants doivent les casser, les écraser ou les mélanger avec de la nourriture pour masquer leur goût. Le caractère inadapté de cette démarche a entraîné des résultats thérapeutiques négatifs chez les plus jeunes malades de la tuberculose, avec le décès de près de 600 enfants par jour. Pour faire face à cette situation qui s’aggrave, TB Alliance, en partenariat avec nos donateurs, tels Unitaid, a permis la mise sur le marché de nouvelles formulations pour les enfants, spécialement adaptées à leurs besoins. Ces traitements de qualité garantie et à prix abordable sont des versions sensiblement améliorées de médicaments de première intention existants, solubles dans l’eau, aromatisés et faciles à administrer aux enfants. Depuis le lancement de ces médicaments améliorés en 2016, près de 80 pays ont commandé plus de 700 000 traitements.

TB Alliance continue de promouvoir des traitements qui pourraient avoir une incidence significative sur la pandémie de tuberculose. D’après les résultats d’études cliniques en phase finale, un nouveau paradigme de traitement pourrait voir le jour. Celui-ci consisterait en deux traitements simples et courts, qui permettraient de soigner tous les patients atteints de tuberculose, y compris les cas les plus difficiles. L’étude clinique Nix-TB, par exemple, teste un protocole thérapeutique basé sur trois nouveaux médicaments, à savoir la bédaquiline, le pretomanid et le linézolide, sur des patients atteints de TB-UR qui, comme Phumeza, ont peu d’alternatives thérapeutiques, voire aucune. Nous travaillons en étroite coopération avec le Medicines Patent Pool pour que ces nouveaux traitements, s’ils sont mis au point avec succès, soient très largement accessibles dans les pays à revenu faible et intermédiaire, où 95 % des décès liés à la tuberculose surviennent.

Peu à peu, la science progresse, mais pas assez rapidement pour améliorer le paradigme de traitement pour les millions de personnes qui vivent avec cette infection. Le financement de la recherche-développement (R&D) est insuffisant, ce qui ralentit les avancées.  Selon l’OMS, bien que la tuberculose soit responsable d’environ 2 % des décès à l’échelle mondiale, seulement 0,25 % des 265 milliards USD dépensés pour la recherche médicale chaque année dans le monde lui sont consacrés. L’OMS estime également que les budgets annuels de R&D devraient s’élever à plus d’un milliard USD afin de relever les défis liés à la lutte contre la pandémie. Des patients perdent des années de vie à cause de traitements inadaptés et nocifs, et des milliers de malades ne sont pas traités en raison du manque de solutions thérapeutiques et de diagnostic adéquates et efficaces.

Lors de la Conférence ministérielle mondiale de l’OMS pour mettre fin à la tuberculose, tenue à Moscou en novembre dernier, des gouvernements de nombreux pays ont reconnu la nécessité d’investir dans la R&D sur la tuberculose afin que de nouveaux composés soient élaborés le plus rapidement possible. Nous devons réitérer cet engagement au niveau mondial. Les traitements d’aujourd’hui durent de six à trente mois, voire plus, et sont, au mieux, efficaces à 50 % sur les patients atteints de tuberculose pharmacorésistante. La longue durée de ces traitements et leurs effets secondaires handicapants sont les raisons de leur faible observance, qui entraîne le développement de formes encore plus résistantes de la maladie. La tuberculose peut être éradiquée, mais seulement si les gouvernements, les organisations non gouvernementales et les organisations du secteur privé prennent des engagements nettement plus poussés.

Pour les patients comme Phumeza, nous devons faire plus.

 

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