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Pour lutter contre l’hépatite C, améliorons le diagnostic précoce, l’accès aux médicaments et incitons à une mobilisation mondiale

par Giten Khwairakpam, responsable des aspects communautaires et des politiques au sein du programme TREAT Asia de l’amfAR à Bangkok et membre du Comité d’experts consultatifs sur l’hépatite du Medicines Patent Pool.

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Comment Giten s’est engagé dans la lutte contre l’hépatite C :

 » En 2001, lorsque mon père est soudainement tombé malade, ni lui ni aucun membre de ma famille n’avions entendu parler de l’hépatite C. Nous ne comprenions pas ce qu’il se passait. Trois mois après son admission à l’hôpital, mon père est décédé. Les médecins ne nous ont pas vraiment expliqué combien de mois le traitement devait durer ni comment cela allait se passer et, à l’époque, les médicaments étaient très chers pour nous.

J’ai donc choisi de me renseigner sur cette maladie. La seule chose que je savais, c’est qu’il s’agissait d’une maladie grave et que les traitements existants étaient inadaptés, voire nocifs. J’ai aussi commencé à me rendre compte qu’il se passait quelque chose dans mon quartier : des gens de mon entourage, y compris des amis, présentaient des symptômes de l’hépatite.

Aujourd’hui, 17 ans plus tard, je connais cette maladie et je sais à quoi elle est due. Entre-temps, j’ai appris que le décès de mon père était lié à une intolérance à l’interféron, un médicament utilisé à l’époque dans le traitement de l’hépatite C. Heureusement, les traitements ont depuis progressé et entraînent moins d’effets secondaires. »

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Pour lutter contre l’hépatite C, nous devons d’abord trouver les personnes qui vivent avec la maladie, où qu’elles soient. Ce n’est pas chose facile, dans la mesure où l’hépatite C ne présente aucun symptôme évident et que le nombre de personnes contaminées peut être considérable. Par exemple, si une personne est née avant les années 80, qu’elle est allée chez le dentiste ou a fait un don de sang, reçu une injection dangereuse ou fait un tatouage, elle a peut-être été infectée par le virus.

De plus, il est très probable que la maladie ne soit diagnostiquée qu’au hasard d’un examen de santé ou après le développement d’une complication si grave que la personne doive être hospitalisée. À ce stade, la maladie peut déjà être à un stade très avancé et avoir entraîné des lésions du foies, laissant peu d’espoir d’amélioration. Même en ayant accès au traitement, la plupart des patients qui atteignent ce stade de la maladie décèdent de complications hépatiques.

C’est pourquoi la sensibilisation à l’hépatite C est un enjeu crucial. Les programmes de santé publique, qui bénéficient déjà d’un engagement des autorités à grande échelle ou de manière plus ciblée (comme les programmes de soins maternels et pédiatriques, les programmes de réduction des risques sanitaires et les programmes de soins et de traitement pour les personnes vivant avec le VIH) peuvent grandement contribuer à sensibiliser les populations clés.

En détectant la maladie à un stade précoce, nous serions en mesure de la soigner avant que le foie ne subisse trop de dommages. Le dépistage, réalisé le plus tôt possible — par exemple dès que de potentiels patients se rendent dans un établissement de santé pour des soins externes, ou dès qu’ils entamment un programme gouvernemental en lien avec la santé ou bien un programme décentralisé de dépistage proposant des tests — pourrait permettre de faire diminuer la mortalité à l’échelle mondiale.

Le dépistage, le diagnostic et le traitement doivent également être plus simples et plus accessibles. Laissez-moi vous donner un exemple. Nous réalisons actuellement une action de plaidoyer en faveur d’un changement politique pour qu’un plus grand nombre de médecins soient habilités à diagnostiquer et à soigner les malades de l’hépatite C. En Asie du Sud-Est, la région sur laquelle porte mon travail, la Chine, l’Inde, le Viêt-Nam, l’Indonésie, les Philippines et le Pakistan ont une charge de morbidité très lourde. Dans certains pays, seuls les gastro-entérologues formés à cela sont habilités à diagnostiquer et à soigner les patients atteints d’hépatite C. Cette mesure revêtait une importance particulière lorsque l’interféron était le seul médicament disponible pour traiter l’hépatite C, car celui-ci entraînait des effets secondaires très graves nécessitant un suivi étroit par des experts. Grâce aux nouveaux médicaments disponibles sur le marché, cela n’est plus indispensable. Il est donc nécessaire de mettre fin au plus vite à ce type de restrictions pour faire disparaître les entraves à l’accès aux médicaments et pour en terminer avec des situations où, typiquement, à l’échelle nationale, seule une centaine de gastro-entérologues formés sont habilités à réaliser le dépistage et assurer le traitement de milliers de personnes.

Pour mettre en œuvre des programmes de dépistage et de traitement à plus grande échelle, il est impératif que la lutte contre l’hépatite C devienne une haute priorité pour les gouvernements. Comme ces prises de décisions en matière de planification se fondent sur des bases factuelles, il est difficile pour les gouvernements de définir des seuils, déclarer une épidémie, ou  modifier leurs stratégies de santé publique, car ils ne disposent pour l’heure que d’un volume restreint, voire inexistant, de données sur l’hépatite C. Pour définir un ensemble d’indicateurs et d’objectifs, des études doivent être réalisées et des données collectées et analysées. Nous avons appris de la riposte internationale au sida qu’il est indispensable de disposer de données et de preuves scientifiques pour garantir sur le long terme le soutien des gouvernements, du personnel médical et de la société civile.

Le dépistage précoce n’est qu’un des différents volets de la lutte. Le diagnostic de l’hépatite C doit immédiatement être suivi de traitements efficaces ; cependant, certains problèmes peuvent survenir à ce stade, et c’est pourquoi nous devrions avoir pour objectifs principaux de garantir l’accès à des médicaments abordables, d’accélérer la procédure d’enregistrement des nouvelles options de traitement et de commercialiser ces dernières sans délai. Les initiatives actuelles d’octroi volontaire de sous-licences permettent une amélioration de la santé publique. Les sous-licences délivrées par le Medicines Patent Pool et axées sur la santé publique contribuent à améliorer l’accès à des médicaments et à des combinaisons génériques de qualité garantie dans les pays à revenus faible et intermédiaire, comme celles qui portent sur le daclatasvir (accord de sous-licence conclu avec Bristol-Myers Squibb) et le ravidasvir (accord de sous-licence conclu avec Pharco Pharmaceuticals). Les médicaments contre l’hépatite C doivent être intégrés aux programmes et aux stratégies de santé publique pour garantir que la majorité de la population puisse y accéder. Nous devons faire tout notre possible pour y parvenir.

En résumé, l’hépatite C peut être guérie très facilement, dans le cadre d’un traitement de courte durée. Globalement, nous sommes proches d’atteindre notre cible mondiale d’élimination de l’hépatite C en tant que grave menace pour la santé publique à l’horizon 2030. Volonté politique et conviction, associées à un travail de plaidoyer et à une plus grande sensibilisation du public, doivent jouer pour atteindre cet objectif.

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